Le homard se sert sur la plage !

Le homard se sert sur la plage !

15 août 2016

« - Maman C’est bon là ? J’ai digéré mon pique-nique ? Est-ce que je peux aller me baigner ? » Trois questions que je me souviens parfaitement avoir posées à raison d’une fois par jour à ma maman alors que nous étions en vacances…

le troupeau de zèbres
 
  Trois questions qui dévoilent mon irrésistible envie de répondre à l’appel du large, celui qui pousse l’Homme à se rassembler sur les plages, tels des troupeaux d’animaux venus s’abreuver …
  Trois questions qu’à 30 ans, je ne me pose plus car j’ai appris à laisser mes poumons en dehors de toute tentative d’immersion. Oui on peut se baigner même la peau du ventre bien tendue sans prendre le risque de couler comme une pierre !
 
  Dépendante de l’état d’ivresse que le large me procure, je succombe aux vertiges d’amour pour ce paysage s’offrant à moi, nu, simple et naturel, vivant. Je me sens grande privilégiée du monde lorsqu’au lever d’un jour d’hiver ensoleillé, je m’avance d’abord prudemment puis déterminée sur cette immensité de sable fin qu’est la plage de Saint Jean de Monts. Le plaisir d’atteindre l’eau est d’autant plus grand que la marée est basse.
 
  Le soleil chauffe mon visage, le vent entreprend ses manœuvres pour me décoiffer, mon cerveau ne carbure qu’à une seule drogue, un savant mélange d’odeur de la mer et de beauté spectaculaire du paysage. Je constate chaque été que cette drogue ne m’est pas plus réservée à moi qu’à d’autres. Toute l’année, la plage semble m’appartenir et j’avoue y prendre un certain plaisir, moi reine de la place. Seulement, les températures en hausse et le début des vacances d’été ont raison de mon désir de solitude et je laisse la place à ceux qui me jalousent toute l’année durant attirés eux aussi par les multiples ouvertures que procure une journée à la plage.
 
  Le homard se sert sur la plage ! J’ai appris avec l’expérience que la plage est une ville sans les murs. Chaque « plageur » y tient le rôle tant attendu toute l’année. Il n’y a pas plus enthousiastes qu’un bébé ou qu’un enfant expérimentant le sable dans la bouche ou la culotte, la douleur d’une blessure de guerre sous le pied – maudits pignons à la lame tranchante- ou encore la colère de se voir dépossédé de son château de sable par des pieds maladroits ou une vague trop impétueuse.
 
  Il n’y a pas plus fâcheux que deux « plageurs » se transformant progressivement en homard rôti par le soleil et se cherchant l’un et l’autre avec effroi les bienheureux petits centimètres carrés de peau épargnés.
  Il n’y a pas plus jouissif qu’un parent enfin seul, rassuré de savoir bambino en sécurité sur cette plage de sable en pente douce, puisse souffler et juste ne penser qu’à lui- même.
 
  Le homard se sert sur la plage !
 
  Sur ma serviette, spectatrice du théâtre de la plage se déroulant sous mes yeux, je succombe à l’appel de l’estacade cette fois. Emballée, je range mes affaires, navrée de constater que je suis incapable de me déplacer autrement qu’en véritable gastéropode, avec ma maison sur le dos (la peur de manquer, un héritage familial), désolée de pouvoir moi aussi me comparer à un homard rôti sur certaines parties de mon corps (où sont passés les crémeurs professionnels ?)...
 
  Le homard se sert sur la plage ! coup de soleil de l'été
 
  mais inspirée par le voyage sur l’eau que je m’apprête à vivre sur les 400 mètres d’estacade. 400m aller, 400m retour, suffisant pour digérer un cornet de chichis. Je capitule donc devant l’appel du chichi shop !
 
  Quelle faiblesse d’esprit !

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